Giorgio de Chirico (1888-1978)
L' Inquiétude (ou L' Incertitude) du poète (1913)
huile sur toile - 106 cm X 94 cm
The Tate Gallery - Londres.
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Giorgio de Chirico (1888-1978)
L' Inquiétude (ou L' Incertitude) du poète (1913)
huile sur toile - 106 cm X 94 cm
The Tate Gallery - Londres.
Introduction : après tout ce que l' on nous prédit pour décembre 2012 - se basant en l' espèce sur le fameux Calendrier Maia, les prédictions Hopis, le I Ching, en passant par le Projet Web Bot, etc. - ceci m' a inspiré ces quelques lignes que j' avoue volontiers un brin satiriques ...
" En vérité je vous le dis : tremblez, tremblez !
Tremblez, car nous serons fauchés comme les blés.
Sourde l' onde à l' ombre vespérale d' un monde
Gémissant sa folle et sanglante litanie
Sur l' autel des bombes à l' aulne d' avanies ;
Car lumineuse l' onde à l' heure du vrai monde !
L' oeil esquisse l' oeuvre en marche à d' autres matins,
En un compte à rebours implacable et certain,
Susurrant à l' onde les secrets à venir ;
Car lumineuse l' oeuvre à ce bel avenir !
Les cycles silencieux des séculaires âges
Suivent leur logique et brisent l' intemporel
Que si fort l' on croyait cependant l' apanage
Acquis de nos fières maîtrises corporelles !
Sourde, oui sourde l' onde qui chante la nouvelle
A la face de ce monde sourd qui succombe
Éructant sa folie du fond des catacombes ;
Car lumineuse l' onde à l' aube qui nivelle !
En vérité je vous le dis : tremblez, tremblez !
Tremblez, car nous serons fauchés comme les blés ! "
Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson ( 1767-1824 )
Apothéose des héros français morts pour la patrie pendant la guerre de la Liberté ( v. 1801 )
huile sur toile, 182 cm X 192 cm
Musée National de Malmaison
Symphonie n° 2, ré majeur (1808/1809) Ier mvt : Adagio-Allegro
Les Musiciens du Louvre, Marc Minkowski.
Après un billet musical en la
compagnie de Claude Debussy, restons au sein de la
Musique Française ou, devrais-je écrire, avec un musicien français. S' il existe effectivement des spécificités dans toutes les musiques du monde, les compositeurs se sont depuis toujours
généralement inspirés les uns les autres par-delà les frontières géographiques et temporelles. Ce que nous verrons succinctement à propos de " l' idée fixe " en musique. A ce titre
Etienne-Nicolas Méhul, qui va nous accompagner ici, en a inspirés plus d' un directement ou indirectement et particulièrement dans le mouvement romantique musical européen au sein duquel il
occupe une place importante pas assez - voire pas du tout - mise en valeur aujourd' hui.
J' ai vraiment découvert Méhul, né à Givet en 1763, assez tardivement à vrai dire. Comme sans doute bon nombre de mélomanes, j' avais jusqu' alors surtout entendu parler de lui comme resté pour la postérité l' auteur du célèbre " Chant du départ " : ce chant patriotique révolutionnaire sur des paroles de Marie-Joseph de Chénier ( 1764-1811 ) - qui lui eut la chance de ne pas se faire guillotiner a contrario de son illustre frère André - écrit vraisemblablement à la mi-juin 1794 pour commémorer les cinq ans de la prise de la Bastille.
Pour moi, il restait également attaché à son " Joseph ", opéra qui fut lors de sa création à Paris en février 1807 accueillit plutôt assez fraîchement par le public, alors que salué
par la critique et même primé par Napoléon Ier comme le meilleur ouvrage de l' année. L' Empereur l' ayant par ailleurs fait, avec François-Joseph Gossec ( 1734-1829 ) et André-Ernest-Modeste
Grétry ( 1741-1813 ), le premier musicien Chevalier dans l' Ordre de la Légion d' Honneur en 1804. Une époque où cette distinction n' était pas encore devenue ce qu' il convient honnêtement d'
avouer le hochet galvaudé de la République d' aujourd' hui. Il est à noter également, puisque l' on est amené à parler de Napoléon Ier, que Méhul fut chargé par l' Empereur, avec Gossec,
Charles-Simon Catel ( 1773-1830 ) et Jean-François Lesueur ( 1760-1837 ), de la rédaction des " Principes élémentaires de la Musique " et des " Solfèges du Conservatoire ".
Son opéra-comédie " Le Jeune Henri " avait déjà, en 1797, connu à peu près le même sort. Son Ouverture époustouflante ayant été dans l' enthousiasme bissée par le public, cependant que dans la foulée le premier acte était lui sifflé car le rôle principal se révélait être un roi. La Révolution Française et l' exécution de Louis XVI étant passées par là.
A contrario " Adrien, empereur de Rome " et " Ariodant " furent en 1799 deux grand succès.
Ainsi donc, je n' avais guère écouté plus de choses de ce musicien, premier de l' Histoire ( avant même ses illustres aînés contemporains Grétry et Gossec ) à entrer à l' Institut de France alors nouvellement créé en 1795, et l' un des cinq premiers Inspecteurs du Conservatoire de Musique de Paris que venait de fonder, le 3 août de la même année, Bernard Sarrette ( 1765-1858 ) avec notamment l' appui de M.J.Chénier.
Je ne dirais pas non plus connaître aujourd' hui la totalité de sa trentaine d' opéras. Toutefois, j' ai pris pleine conscience de l' indéniable importance de ce musicien français participant à la transition du mouvement " Classique " vers celui d' un " Romantisme " alors pleinement naissant ( lequel mouvement commençait fébrilement déjà à poindre dans les années 1740 en Allemagne ou en Autriche ), de son évidente invention mélodique comme de sa science de l' instrumentation.
Avec d' autres - je pense par exemple et de façon délibérément non exhaustive à Carl Philip Emmanuel Bach ( 1714-1788 ), Hyacinthe Jadin ( 1776-1800 ) qui arrangea d' ailleurs
des extraits de l' "Ariodant " de Méhul pour le pianoforte et dont je conseil l' un des articles que lui consacre mon ami Jean-Christophehttp://www.passee-des-arts.com/article-32639993.html, ou bien encore Joseph Haydn ( 1732-1809 ) avec notamment ses derniers Quatuors n°1
et n°6 Op. 76 ( 1797 ) ou même " Les Saisons " ( 1801 ) - Méhul, donc, a participé à l' éclosion du mouvement " Romantique ". Mouvement qui, dans le sillage du " Sturm und Drang " ( qui était
déjà un début de l' exacerbation de l' expression individuelle des sentiments par la musique hérité lui-même du Baroque et du Classique qui connaissaient le pathétique et l' expression ),
introduit en musique " une dimension individuelle de l' expression, référée à un " Je ", un " Moi " qui est l' auteur, auquel s' identifie l' auditeur " et dont l' influence de la littérature est
la matrice auxquels s' adjoignent évidemment les thèmes humanistes, révolutionnaires ou encore l' identité nationale, par exemple ( que l' on retrouve assez rapidement chez Beethoven ).
A ce titre, Robert Schumann ( 1810-1856 ) par le biais de Félix Mendelssohn ( 1809-1847 ) qui dirigeait dans les années 1830-1840 notamment certaines pages de Méhul, s' aura s' en souvenir. Hestor Berlioz ( 1803-1869 ) aussi d' ailleurs. Connaissant bien les oeuvres de son aîné, dont il louera et vantera son sens du drame, s' inspirera par exemple du " motif de réminiscence " ou " idée fixe musicale " ( beaucoup utilisé par Méhul, mais aussi par Grétry dans son " Richard Coeur de Lion " ), ce que l' on perçoit nettement dans sa " Symphonie Fantastique " ( 1830 ).
Suivront dans cette optique, Franz Liszt ( 1811-1886 ) dans ses Poèmes Symphoniques ; et bien sûr Richard Wagner ( 1813-1883 ) qui, dans ses Drames, développera et approfondira l' idée en créant le " thème fondamental " ou " leitmotiv " ( terme inventé par Hans von Wolzogen ), lequel Wagner appréciait énormément les opéras de Méhul. Notons, qu' une ébauche du leitmotiv se trouve déjà dans l' " Orfeo ", crée en février 1607, de Claudio Monteverde (1567-1643 ) !
Ainsi, ce cher Etienne-Nicolas est-il un pont important dans l' histoire de cette transition musicale comme de cette transmission.
Outre ses opéras, ses sonates pour le Clavier ou bien une Messe ( 1804 ), il écrira également quatre Symphonies ( et une Cinquième ébauchée en 1810 restée inachevée ) dont en 1808/1809 deux ( respectivement n° 1en sol mineur dont le ier mouvement annonce étrangement la 9 eme de Beethoven ; et n°2 en ré majeur ) démontrent bien son sens aigu de cette transition. Deux partitions par ailleurs contemporaines des 4,5 et 6 emes de Ludwig van Beethoven ( 1770-1827 ) dont la Cinquième en ut mineur fait justement usage de cette " idée fixe " avec la fameuse célèbrissime cellule rythmique de trois brèves et d' une longue qui irrigue dans son développement tous les mouvements de l' oeuvres. Par ailleurs, on sait que Beethoven connaissait au moins " Héléna " de Méhul ( opéra en 3 actes sur un livret de Bouilly et créé le 1er mars 1803 ), dont il s' inspirera un peu dans son " Fidelio " tiré d' un autre livret célèbre dudit Bouilly ( 1763-1842 ).
On le voit, Méhul aura inspiré, avec d' autres bien sûr, des compositeurs allant de Schumann à Wagner, en passant par Berlioz. Autant dire tout une partie du XIX siècle musical romantique européen. Peut être même,par ricochet, osons-le, un " post-romantisme " mahlerien. On sait que Gustav Mahler ( 1860-1911 ) a dirigé dans sa jeunesse,vers 1883, plusieurs fois " Joseph " qu' il appréciait. L' ouvrage connaissant depuis 1810 en Allemagne, en Italie et en Belgique un réel succès.
Méhul est un musicien attachant. Quelqu' un de simple, de sensible, de doux et parfois mélancolique selon ses contemporains. Amoureux d' horticulture depuis sa plus tendre
enfance, il avouera une passion notamment pour la tulipe : " ses variétés m' enchantent ", disait-il. Le jardin de sa maison de Pantin où il élit domicile ( en 1810 selon Chérubini ) lui procure
ce qu' il nommera son " calme heureux ". Sa " fleurissomanie " aimait-il à dire encore, fut d' autant plus une consolation face à un public français qui commençait vraiment à bouder ses oeuvres
jugées alors trop sérieuses, leur préférant celles plus légères de Gaspare Spontini ( 1774-1851 ) par exemple ( qui aura lui aussi une forte influence sur Berlioz, Verdi et Wagner ).
Luigi Chérubini ( 1760-1842 ), admiré notamment par Haydn, Beethoven, Schumann ou Johannes Brahms ( 1833-1897 ), dira d' ailleurs : " C' était plutôt le Michel-Ange que le Raphael de la musique. C' est pour cette raison que ses compositions manquent généralement de légèreté, d' élégance et de grâce, surtout dans le genre comique, pour lequel son style était moins porté que dans le genre sérieux ". La dent dure, le bougre !
En décembre 1811, l' échec de " Les Amazones, ou la Fondation de Thèbes ( opéra en 3 actes sur un livret de V.J.E de Jouy ) fera écrire à Méhul cette terrible et lucide phrase : " Je suis meurtri, je suis écrasé, dégoûté, découragé ! Il faut du bonheur, le mien est usé, je dois, je veux me retrancher dans mes goûts paisibles. Je veux vivre au milieu de mes fleurs, dans le silence de la retraite, loin du monde, loin des coteries... Je ne suis plus jeune, je sens le besoin de repos ".
Le repos définitif viendra six ans plus tard. Atteint de phtisie, Méhul rendra le dernier soupir le 18 octobre 1817, laissant inachevé une Cinquième Symphonie ( dont seul subsiste le
premier mouvement ), ainsi qu' un dernier Drame lyrique en 3 actes sur un livret de Bouilly " Valentine de Milan " qu' il laissera à son neveu Joseph Daussoigne-Méhul ( 1790-1875 ) le soin de le
terminer, et qui sera représenté le 28 novembre 1822 au Théâtre Favart ( devenu en 1838 après son incendie l' actuel Opéra Comique ).
Certains le considère aujourd' hui comme le premier musicien romantique français. Je ne serais être aussi catégorique. Toutefois, Etienne-Nicolas Méhul, en digne cultivateur d' une transition musicale importante, est bien l' un de ceux qui aura indéniablement participé de belle et sensible façon à l' ensemencement de cette terre fertile que fut le Romantisme musical européen.
Si vous passez par le Cimetière du Père Lachaise à Paris, arrêtez-vous un instant devant le monument funéraire qu' élevèrent pour lui ses élèves le 29 novembre 1822, et honnorez sa mémoire par quelques tulipes, sa maîtresse passion la plus fidèle.
Ce musicien français attachant mérite vraiment une nouvelle jeunesse. Que ce soit dans les programmations de Concerts comme au disque ( qui, je le sais, est aujourd' hui menacé ). Rien ne justifie un tel oublie, et particulièrement en France qui plus est pour l' un de ses musiciens les plus importants dans l' Histoire de la Musique.
N.B : à celles et ceux qui voudraient en savoir plus sur Etienne-Nicolas Méhul, outre une littérature biographique peu abondante il faut l' avouer, je recommande un groupe très sérieux et documenté, intitulé tout simplement Etienne-Nicolas Méhul , existant sur le réseau social Facebook et uniquement consacré au compositeur.
Illustrations : 1 ère : portrait de Etienne-Nicolas Méhul, (1799 ), par Antoine-Jean Gros ( 1771-1835 ). Musée Carnavalet, Paris.
2 eme : réunion d' artistes dans l' atelier d' Isabey ( 1798 ), par Louis-Léopold Boilly ( 1761-1845 ). Méhul se trouve sur l' extrème gauche, son chapeau à la main et discute avec Hoffmann.
3 eme : un programme du 9 Frimaire, l' an sixième de la République Française.
4 eme : portrait de Méhul, par Antoine Wiertz ( 1806-1865 ), Mairie de Givet.
5 eme : monument funéraire, au Cimetière du Père Lachaise à Paris, où repose Etienne-Nicolas Méhul.
Plumes amicales